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10 tableaux et leur époque - chapitre 1

Giotto Di Bondone : Cycle de la vie de Saint-François

Amateurs de guerre psychologique, découvrez comment la papauté utilise le pinceau de Giotto, père de la peinture occidentale, pour séduire les fidèles tentés par l’hérésie.

Giotto Di Bondone - Cycle de la vie de Saint-FrançoisGiotto Di Bondone, plus qu’aucun autre artiste de la fin du Moyen-Âge,incarne à lui seul l’avènement d’une ère nouvelle, période d’éblouissement qu’on désignera plus tard sous le nom de Renaissance. Son Cycle de la Vie de Saint-François, ensemble de vingt-huit fresques dans la basilique Saint-François à Assise réalisées entre 1296 et 1300, sous le règne du pape Grégoire IX, est l’un des témoignages les plus évidents de son talent. Non seulement parce que ce travail rompt, d’un point de vue plastique, avec la création artistique traditionnelle du XIIIème siècle, mais aussi parce qu’il illustre les changements qui opèrent dans la société communale italienne et menacent la toute-puissance de l’Eglise Catholique.

Dans une Italie désunie, gangrenée par les conflits qui opposent partout Guelfes et Gibelins, c’est-à-dire les défenseurs du Saint-Siège et les partisans du Saint Empire Romain Germanique, la Papauté est plus fragile qu’elle ne l’a jamais été. La montée en puissance des hérésies diverses, telles que les mouvements vaudois ou cathares qui dénoncent la richesse de l’Eglise Catholique, ne font qu’ébranler davantage son autorité. C’est dans ce contexte délicat que l’ordre franciscain voit le jour : les préceptes édictés par le moine François d’Assise, prônant l’humilité et le dénuement comme les meilleurs moyens de s’approcher du Christ, apparaissent comme la réponse spirituelle adéquate pour dissuader les croyants de la tentation hérétique. La construction de la basilique Saint-François, dotée d’un cycle de fresques exceptionnel entièrement consacré à la vie exemplaire du «povorello» («petit pauvre» en italien), participe donc de la riposte papale.

Pour relater la vie du Saint mendiant, Giotto ne laisse rien au hasard. Sur le fond comme sur la forme, tout est fait pour présenter François d’Assise comme un parfait héros de l’Eglise Catholique, quitte à adapter quelques aspects du message franciscain. D’abord, l’artiste invente un nouveau langage pictural, abandonnant même les principes fondamentaux de la peinture byzantine qui ont marqué tout l’art du Moyen-Âge. Ce qu’il peint n’est plus un monde sacré éthéré, inaccessible, fait de symboles et de hiératisme, mais une réalité bien terrestre, où les personnages vivent, se meuvent, parlent, agissent et interagissent dans un espace en trois dimensions. Et si ce réalisme est en adéquation avec la philosophie franciscaine, proche de la terre, du peuple et de ses préoccupations, le «povorello» ne manque pas d’apparaître au fil des fresques comme le familier des puissants, des princes et des nobles, prêchant bien-sûr avec la bénédiction du Saint-Siège. Preuve que le pouvoir temporel n’est pas un obstacle à la foi véritable. Quant aux épisodes de la vie de Saint-François illustrés par Giotto, ils offrent des références évidentes à la vie de Jésus lui-même, faisant presque du moine mendiant un second Christ explicitement placé sous la tutelle du Pape. Quelle meilleure façon d’affirmer le caractère éminemment indiscutable de l’autorité papale?

Le jeune Giotto, qui parvient à tourner la page traditionnelle de la «manieragreca» pour insuffler à son art un réalisme révolutionnaire, a ainsi servi deux causes en peignant le Cycle de la Vie de Saint-François : celle de l’Eglise Catholique et celle de la peinture, qui ne sera plus jamais la même après lui. Son attention au réel, son regard sur le genre humain, son sens de la dramaturgie et de la narration, en ont fait pour beaucoup non seulement le père de la peinture moderne, mais aussi le père de tous les artistes. Car c’est avec lui que la notion même d’artiste dans l’acception que nous connaissons, c’est-à-dire non plus comme un simple artisan mais comme un créateur doté d’un talent et d’une subjectivité dignes de la plus grande renommée.

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Giotto Di Bondone. En haut : Le don du manteau. En bas : Le songe d’innocent III. Cycle de la vie de Saint François 28 fresques. 1296-1300. Assise, Basilique Saint François. © 2010. Photo Scala, Florence
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