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10 tableaux et leur époque - chapitre 7

Claude Monet : La Gare Saint-Lazare

Avec Claude Monet, vivez l’incroyable révolution industrielle, peignez à la vitesse de la lumière et pourfendez l’art officiel dans le sillage de l’impressionnisme.

Claude Monet - La Gare Saint-LazareGare Saint Lazare, Paris, 1877. Un train entre en gare, remplissant l’immense verrière d’un nuage de vapeur opaque. Sur le quai, un homme est assis devant son chevalet, pinceaux et palette en mains, pour saisir l’aspect fugitif de la scène. C’est Claude Monet qui, cette année là, a décidé de réaliser une série de tableaux dans l’une des gares les plus importantes de la capitale. Membre fondateur du mouvement impressionniste, il signe là des toiles parmi les plus représentatives de la rupture que ces peintres avant-gardistes incarnent dans l’histoire de l’art au XIXème siècle. Le sujet qu’il a choisi – éminemment moderne –, ainsi que la façon dont il le traite – avec cette touche si caractéristique – illustrent les valeurs principales de la peinture impressionniste, si décriée à sa naissance mais promise à un si bel avenir.

La France, depuis quelques décennies, se métamorphose sous l’effet de la révolution industrielle. Les progrès techniques et l’urbanisation galopante transforment l’industrie et le mode de vie des Français, désormais majoritairement citadins. Et tandis que les ouvriers, de plus en plus nombreux, sont soumis à des rythmes de travail inhumains, naissent l’idéologie socialiste et le concept de lutte des classes : grâce aux premiers mouvements organisés, les congés se légalisent et l’économie de loisirs fait ses balbutiements. Grâce au chemin de fer, certains travailleurs peuvent s’offrir, de temps à autres, un dimanche à la campagne. Dans cette France du charbon et de l’acier, Paris symbolise l’essence de la modernité : métamorphosée par les travaux du baron Haussmann dans les années 1850 puis ravagée par la Commune en 1871, elle incarne à elle seule la marche inéluctable du progrès et les tensions subies par le monde ouvrier.

L’industrie nouvelle, parce qu’elle bouleverse le paysage économique et social du pays entier, devient une source d’inspiration majeure pour les artistes audacieux qui cherchent à capter l’air du temps. Le train, en plein essor, symbolise à lui seul le nouveau visage de la France : au cœur des innovations techniques et de l’activité sidérurgique, il facilite les transports de marchandises, démocratise les voyages, et participe de la croissance du pays tout entier, qui se dote d’un réseau ferré d’une rare densité. C’est pour cette raison que Monet a choisi de lui consacrer plusieurs toiles. Et tant qu’à faire, il décide d’installer son chevalet dans la gare dont l’infrastructure est la plus moderne, située de surcroît dans le quartier de l’Europe, entièrement rénové et doté d’architectures dernier cri. A une époque où l’art et le bon goût sont dictés par l’Académie, qui préconise plutôt la peinture historique ou mythologique, cette scène ferroviaire est évidemment jugée d’une trivialité impardonnable. Mais Monet, qui est la risée des critiques depuis déjà quatre ans, n’a d’autre chef que ses propres aspirations : peindre la vie dans ce qu’elle a de plus contemporain.

L’impressionnisme, auquel Monet a consacré l’intégralité de sa carrière jusqu’à en devenir le plus éminent représentant, est un art de la perception immédiate. Selon ses adeptes, le monde change à un tel rythme que l’art soigné, précis, léché prôné par l’Académie est totalement suranné. A l’ère du chemin de fer, il convient donc de mettre au point un art où le mouvement serait roi, où les événements les plus fugaces seraient retranscrits par la lumière et la couleur. Le flou, donc, associé à des contrastes de couleurs – tels que le crée ici la juxtaposition du bleu et de l’orange – est au cœur de la démarche esthétique de Monet. A tel point qu’on en arrive à se demander si le sujet du tableau est bien la gare… ou les effets de lumière et de tons qui rendent la scène aussi vivante. Monet, avec de tels tableaux, anticipe une peinture où le sujet serait moins important que les jeux sensibles de couleurs et de formes. N’est-ce pas là les prémisses de ce que le XXème siècle appellera l’art abstrait ?

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Claude Monet - Vue intérieure de la Gare Saint Lazare : la ligne d’Auteuil - 1877
Huile sur toile, 75,5 x 104 cm. Paris, Musée d’Orsay © 2010 Photo Scala, Firenze
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